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«Nebulae», ou l’érudition bienheureuse de Valérie Milot
Christophe Huss, Le Devoir
La harpiste québécoise Valérie Milot présentait mardi à la salle Bourgie Nebulae, son nouveau récital-spectacle, formule qu’elle peaufine depuis quelques années. Cet opus astronomico-philosophique explore de nouvelles avenues avec un vrai succès.
Valérie Milot cherche à changer le rituel du concert avec des productions qui intègrent une dramaturge, un récit, une scénographie des moyens vidéos. Avec Nebulae, elle souhaite allier musique et réflexions philosophiques inspirées par l’exploration spatiale en une « aventure musicale et astronomique ».
« Pour moi, la musique est un refuge ainsi qu’un moyen d’explorer des questions profondes et d’apporter un peu de lumière dans l’incertitude. À travers ce spectacle, je souhaite offrir une parenthèse poétique, où la harpe devient le vecteur d’une réflexion sur notre relation avec l’Univers et l’évolution de notre humanité », écrit la musicienne.
Comme dans le projet précédent, Transfiguration, avec le violoncelliste Stéphane Tétreault, le fil musical mêle à des musiques familières, comme Clair de lune de Debussy, la Danse des esprits bienheureux de Gluck ou Du bist die Ruh de Schubert, des compositions ou sonorités de notre temps. Ainsi sont convoqués Amélie Fortin avec Lux, William Bolcom et un Graceful Ghost Rag et Au cœur de l’étoile de Denis Gougeon. Ce sont des apports musicaux notables à la soirée. L’œuvre de Gougeon est un bijou et l’interprétation en petites touches de Bolcom par Milot fait merveille.
Un arrangement de Fratres d’Arvo Pärt a fait les frais d’un resserrement du propos de Nebulae, présenté en primeur lors du Festival Classica en juin dernier.
Harpiste comédienne
Par rapport à Transfiguration, le nouveau spectacle mise moins sur la mise en scène autour des aspects visuels et des déplacements des artistes sur scène. Nebulae est un «one-woman-show et, à ce titre, ce sont les textes qui, dans un cadre technologiquement ad hoc et efficace, font le sel du propos.
Valérie Milot apparaît comme une artiste cool et réfléchie, qui, au lieu de présenter des œuvres, les glisse logiquement au fil de réflexions sur la vie et l’histoire de la science.
Ce personnage détendu de musicienne sensible et pleine d’humour pratiquant l’autodérision est incarné avec naturel et conviction. Si cela paraissait forcé ou appris, tout s’écroulerait. Bref, tout ce qui était complètement raté dans le concert d’ouverture de Lanaudière 2024 autour de Farah Alibay (« Nicolas Ellis et Farah Alibay en orbite ») est parfaitement réussi dans Nebulae, en une soirée poétique, sensible et drôle, à l’érudition bienheureuse.
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